2006-08-06 Moleta-Ip

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Presqu'un tour dans le massif de La Moleta et La Pala de Ip

État de publication : phase de relecture
Date : du dimanche 6 au mardi 8 août 2006
Participant : Fabrice Mendes (en solo)

Dimanche 06/08

Ça m'a pris vendredi. J'ai posé mon lundi. Samedi matin j'ai potassé les itinéraires que je peux faire seul mes compagnons n'étant pas disponibles. L'après-midi j'ai complété ma collection de cartes.

Dimanche matin, une petite panne de réveil, je saute dans l'auto et file chez le bon boulanger du coin. Misère ! En refermant la vitre du chauffeur le mécanisme s'enraye. Je rentre, je bricole comme je peux mais ça tient plus de l'emplâtre sur une jambe de bois que de la bonne réparation.

13h, si je décolle maintenant je peux encore faire le massif de la Moleta - itinéraire que j'ai honteusement pompé sur http://philrando.free.fr/Collarada.html. Comme j'ai pas mal traîné sur http://randonner-leger.org cette semaine je suis particulièrement décidé à limiter le poids. Je pars une nuit ? ok pas de réchaud, pas de cartouche-gaz et pas de popote. Voilà au moins un kilo de moins.

17h45, Canfranc-Estación. En avant pour ma première rando en solo. Rejoindre el collado de ladrones (col des voleurs), jouer avec la patou des Pyrénées qui doit peser autant que moi. Premières impressions : je suis seul responsable de la carte et il va falloir la faire chauffer vu comme le coin est balisé. Une fois dans le canal de Izás c'est une autre chanson ! C'est un petit val très sympa où gronde un torrent alerte. De sévères falaises entourent ce canal qui débouche sur un immense plateau pastoral ! Des troupeaux sont éparpillés à perte de vue sous une lumière de plus en plus belle. À la bifurcation qui va à la cabane j'aperçois une horde d'isards non loin. Au même moment je repère un faucon pèlerin qui réussit le tour de force de faire du vol stationnaire sans faire moindre mouvement d'aile ! Il est courant de les voir faire du stationnaire mais pas ainsi. Chapeau !

/Img/unavailable_50x50.png 19h50, le refuge de Izás n'offre guère d'abri que contre un orage éphémère. Le sol de terre battue donne l'impression d'être dans une étable. Pas d'eau potable en vue. Un refuge et pas d'eau ?! Bizarre. De toutes façons j'ai prévu d'aller à la cabane. J'y serai moins dérangé par les troupeaux et je n'aurai pas besoin de monter la tente. Le décor est vraiment impressionnant côté de la Pala : très escarpé et perché dans de blancs nuages.
La montée à la cabane est facile même si on est amené au pied d'une sacrée barre rocheuse dont se demande comment on va finir par la franchir.

20h30, la cabane est en vue. J'ai vu une empreinte de chaussure bien fraîche à mon goût dans la terre légère comme de la poussière. Mauvais plan ça . Zut la cabane est occupée ! Des français ! Je me renseigne sur les points d'eau environnants... Ils me disent qu'il n'y en a aucun à moins de faire de l'eau au lac à 45 min plus eau (haut, lapsus non corrigé). Et à condition d'avoir des pastilles. Oups... Le courant passe bien, ils me proposent de partager la cabane. Ce n'est pas de refus ! Il y a un sacré vent là-haut, et il n'est pas bien chaud... La soirée est tout à fait cordiale. Quelques clichés du coucher de soleil qui donne ce rose si beau aux nuages et au dodo. J'ai encore emmener trop à manger. Mais mieux vaut trop que trop peu.

Lundi 07/08

Sans eau, je ne me suis pas lavé avant d'entrer dans mon duvet. Je n'ai pas pris la peine de bien essuyer ma sueur. Bilan j'ai un peu froid toute la nuit. Mais j'ai connu bien, bien pire du côté de la Sauvegarde. Au petit déjeuner une harde de sangliers se pointe près de la cabane et fait volte-face le temps d'un clin d'oeil ! Tant pis pour la photo des nombreux marcassins. Jean-Paul et Solange insistent pour me donner une de leurs nombreuses bouteilles. Ils sont fous de porter tant d'eau me dis-je. (4L et 3l les fous !). Je n'ose pas trop refuser.

La montée au lac se fait en discutant des possibilités de randonnée dans le coin et un peu plus loin. Très captivant et instructif. Nous apercevons moult vautours fauves, un percnoptère et un gypaète barbu en l'espace d'un petit quart-d'heure, quelle aubaine ! L'arrivée au lac est des plus impressionnantes ! La crête nous domine et laisse présager un panorama exquis de là-haut. Le lac grouille de vie : têtards, tritons, salamandres... Ce petit havre me semble bien peu alimenté en eau. Là, je commence à me soucier des ressources en eau.

Lors de la montée au col nous avons un doute et coupons à droite dans une petite gorge encaissée. Quelques pas de gymnastique au dessus d'un petit filet d'eau claire et nous arrivons au col. Déjà l'Ossau s'impose par dessus la crête la plus proche. La Moleta ressemble à un cylindre posé sur un sommet (2576)... Une couronne de barre rocheuse haute d'une dizaine à une quinzaine de mètres. Le sentier la contourne et y mène sans coup férir.

Le sommet de La Moleta ? Un festival de sommités !!! On ne sait plus où donner de la tête ! Plein nord la star qui écrase tout est le pic du midi d'Ossau et son chapelet de nuages ! Au premier plan on trouve son homologue (formation et style) le pic d'Anayet (2545) et le Vertice homonyme (2555). Puis vers l'est on distingue une dent que je pense être le Lurien (2826), puis le Palas (2974) reconnaissable entre tous, l'Ariel (2824), le Balaïtous (3146). À l'est un énorme massif s'impose los picos del Infierno (3082) et son bavoir blanc... On en oublierait presque la Pala de Ip (2783) qui ponctue la crête où nous sommes. Au sud la vue est de suite bouchée par la Collorada(2883). L'ouest est trop nuageux pour distinguer le pic d'Aspe (2640).
Nous cassons la croûte, ici, avec une vue à coupe le souffle !

/Img/unavailable_50x50.png /Img/unavailable_50x50.png /Img/unavailable_50x50.png /Img/unavailable_50x50.png

Jean-Paul et Solange sont là pour préparer une excursion de leur club. Ils rebroussent chemin et vont en profiter pour refaire les cairns. Me revoilà seul.

Du sommet de La Moleta on voit une construction au sud, au bout d'une piste. J'ai normalement prévu de passer par là. Elle semble vraiment à portée de bras. J'ai donc du temps. J'hésite à rentrer fissa à la voiture pour passer voir mes parents ou pousser jusqu'à la Pala. Au dessus du col on distingue un sentier bien net qui plonge vers Canfranc. En avant pour la Tronquera, le col sous la Pala. Bigre pour quitter le sommet il faut déscalader une cheminée d'une dizaine de mètres. Je trouve ce qui ressemble à un sentier non balisé qui passe à l'horizontale côté sud de la crête. Le sentier est horizontal mais on a quand même d'être bien haut par rapport au fond de la vallée. J'ai l'impression que c'est bien à pic par endroit. Sous le col, se trouve un champ de cailloux, des éboulis chaotiques et toujours pas de cairns. Au moment où j'arrive au col, un énorme nuage blanc en fait de même par l'autre versant. Quelle bonne surprise ! Je m'en serais bien passé.

/Img/unavailable_50x50.png Or donc le temps se couvre. Je jette un coup d'oeil côté français : ce ne sont que des troupes de gros nuages blancs qui se ruent sur l'Espagne. Ils n'ont pas l'air bien menaçants mais pas très sympathiques pour autant. Je commence à descendre côté espagnol : pas de traces dans ces éboulis. C'est pas agréable du tout ! De plus le versant plonge entre deux barres rocheuses. Et s'il débouche sur une autre ? Je ne me sens pas de m'engager dans une partie "merdique" où j'aurais peut-être à louvoyer entre des barres avec des nuages qui rappliquent pour augmenter la difficulté. J'examine attentivement la carte dont je commence à me défier. Dans la vallée d'Ip moi je vois un canyon, une vraie faille dans laquelle passe le torrent. Et cette formation géologique n'apparaît pas sur la carte. Ah si en regardant bien, dans le torrent il est écrit barranco en petit, sans glyphe particulier. Bon je vais pas prendre de risque aujourd'hui, en Espagne. Je refais la crête presqu'au pas de gymnastique ! (en faisant bien attention où je pose les pieds). Deux temps trois mouvements plus tard, je suis sous la forteresse de La Moleta. Je retrouve la cheminée... Héhé elle est sympa : un pied-main, un hisser deux mains encore plus tard je suis au sommet. Sauvé.

J'ai bien gagné une petite pause le temps d'observer l'évolution des nuages et de choisir quel chemin des deux je vais prendre. Ils se rejoignent. Du somment on voit bien celui qui est le plus au nord (Nord-ouest du sommet). J'élis ce dernier.
Les nuages ? blancs épais mais à altitude constante. Ils passent côté espagnol mais ne plongent pas derrière. Sous la chape nuageuse la visibilité à l'air bonne. Pas de souci donc. Je boirais bien un peu s'il me restait de l'eau. C'est la vie, l'aventure.

C'est reparti. Du col on semble contourner le somment d'un vallon pour revenir. Je suis les cairns... De plus en plus espacés et de plus en plus durs à débusquer. Je dois m'arrêter plusieurs fois pour essayer de trouver le chemin en l'espace de quelques minutes. Du sommet on voit le côté nord-ouest. Très plongeant, beaucoup de murs épais ont été construits sans doute pour retenir la neige. À mon altitude on peut traverser ce vallon plein nord pour rejoindre ce qui a l'air d'être un chemin. Mais si on suit ce chemin du regard on tombe sur une partie très raide, sans trace, pas verticale mais pas loin. Bien entendu il n'y a nulle trace de chemin en dessous. Je suis sceptique.
/Img/unavailable_50x50.png Je vais au bout du sommet essayer de repérer les chemins : rien. Un superbe mur surplombe Canfranc mais c'est tellement abrupt qu'on ne peut rien voir. Je dois commencer à fatiguer car la hauteur m'impressionne quelque peu. Je vais ruser. Je pose le sac et je pars au sud pour rattraper l'autre chemin et essayer de comprendre où ça passe. Je marche sur ces gros murs étrange et je tombe très vite sur un cairn. Ça y est je suis sur l'autre chemin. Mais ce dernier remonte vers le sommet d'où je viens. La carte n'indique pas vraiment ça. Mais elle est loin d'être précise. Je ne décelle pas de traces plus bas sur ce versant comme elle l'indique. Je retourne à mon petit promontoire. Ce chemin est censé croiser celui qui est plus au nord au niveau de la forêt, non loin d'une bâtisse et en passant sous le "ruisseau" du coin. (Bien entendu il est à sec et pas repérable). Puisque "mon" chemin passe au sud du ruisseau je commence à descendre un peu pour voir. La pente est bien marquée mais pas trop pénible. Je descends au petit bonheur la chance et avec mille précaution. Je n'ai pas envie de me casser une jambe ici, au milieu d'une partie raide et limite hors sentier, sur semaine... Je crois que j'attendrais longtemps pour croiser quelqu'un.
Je fais un nouveau point. Je repère enfin la bâtisse. Elle n'est pas très loin en distance et dénivelé mais impossible d'y aller directement. De cette zone monte un sentier (enfin des fausses pistes comme ça il y en a plétore en vue). S'il s'agit du bon chemin je ne suis plus très loin au dessus. Je dirais une centaine de mètre. Je repère la partie qui doit rejoindre le sentier nord. Mazette je perds toute trace 50 mètres avant la partie du dessus. S'il passe quelque par je ne vois pas du tout. Car le sol a l'air "lisse" et très incliné. Pas le genre de barre rocheuse dans laquelle un sentier peu louvoyer.

Je continue donc comme je peux. J'arrive à l'étage des herbes. La pente devient franchement désagréable et glissante à cause la végétation et sans doute un peu aussi à cause de la fatigue. Je suis bien content d'avoir mes bâtons et qu'ils soient en état !!! Je passe encore entre quelques murs et barres. Je vois ne suis plus très loin du sentier. De chaque côté de moi maintenant le décor est austère et refermé. je ne peux que descendre. À ma droite se trouve sans doute le lit du torrent bien encaissé. Et à ma gauche je ne vois que des barres rocheuses, de 10 à 20 mètres, mais en nombre. J'arrive au bout du promontoire... Je vois le sentier, 10 à 15 mètres en dessous de moi. Mais 10 mètres en vertical. Une barre rocheuse. Perdu.
Voyons, à droite : c'est le prolongement de la partie verticale. Le sentier semble passer en dessous de ma position et filer vers ma gauche. Examinons le décor de ce côté-là : dans mes immédiats je peux rejoindre une barre plus haute que la mienne surplombée par une encore plus grande. Le chemin semble filer par là bas dessous. Je vais être obligé de remonter. Et maintenant je sais que je commence à fatiguer. Je ne pourrais sans doute pas me faire la route de retour. Si j'avais eu du matos (corde) j'aurais peut-être tenté le rappel sur ma petite barre en accrochant un des arbres. Le sentier n'est vraiment pas loin ! Je vois très nettement une marque GR jaune et blanche sur un galet !
Il va me falloir remonter et je sens déjà que cela va être pénible. Je n'ai aucune envie de continuer la partie de cache-cache avec ce fichu sentier. Tiens un isard passe. Il m'a senti. En général dans les moments difficiles on oublie de prendre les photos. Je me force à sortir l'appareil. Il est vraiment proche ça va faire un bon cliché. De toutes façons, ça va. Je ne suis pas complètement perdu. Je suis fatigué et j'ai soif mais j'ai le moral, je suis encore lucide. D'ailleurs j'ai pris assez de risques pour une première solo. Je vais remonter faire de l'eau et aller à la cabane tranquillou.
/Img/unavailable_50x50.png «Arriver au col va être rude» mais c'est ce que j'ai de plus sage à faire. Je m'arrête souvent pour souffler. La pente est sacrément raide et glissante surtout au dessus des barres. Mais bon doucement en faisant très attention on passe. La vue du col et des piquets qui s'en détachent dans les nuages a quelque chose de magique !!! Là haut je bois ma dernière tomate, je me force aussi à la manger mais j'ai la gorge serrée. Pas grave ça fait du bien. Je retrouve sans difficulté le petit filet d'eau. Il n'est pas bien important. Mais je m'y abreuve sans trop boire. Je fais le plein complet d'eau, il reste un peu de nourriture et la soirée s'annonce belle ! Parfait en somme.

Mardi 08/08

J'ai beaucoup dormi, je n'ai absolument pas eu froid, bien au contraire. Pourtant je ne me sens pas en forme olympique. Petit déjeuner au lever du soleil... Ce matin je tiens l'appareil photo prêt au cas où les sangliers repasseraient. Bingo ! Un joli spécimen ne tarde pas à traverser à côté de la cabane. Il ne m'a pas vu ou senti, ou alors il ne m'estime pas très dangereux. Je ne relève pas l'affront et la photo est prise. Juste avant de partir j'aperçois toute la harde gravir allègrement une pente très raide. Incroyable que ces animaux si trapus soient aussi agiles !

La descente est agréable. Le tracé se révèle bien pensé. La montée comme la descente se font sans peine malgré le dénivelé certain.

Conclusion

Ce coin est charmant et mérite d'être mieux connu. C'est un bon spot pour voir plusieurs sommets de légende. En cette saison le manque d'eau peut être gênant.

Quand à la rando en solo c'est assez excellent ! Partir seul à l'assaut d'un massif pas très fréquenté dans un autre pays procure une certaine sensation d'aventure. (Je vous rassure j'avais donné mon itinéraire exact à des amis randonneurs). Ce dont je me souviendrai pour cette sortie c'est de m'être senti dans mon élément (enfin beaucoup moins le second jour), libre. J'ai du faire peu de bruit car j'ai pu approché beaucoup d'animaux. Je suis assez satisfait des photos que j'ai prises.

Le côté aventure est aussi marquant, car au moindre doute il n'y a personne pour discuter et éclairer notre lanterne. J'en tire aussi certaines conclusions de ce qu'il ne faut pas faire ou ce que j'ai mal fait.

Cette expérience a été enrichissante. Il faut être seul dans les épreuves pour se mesurer soi-même, apprendre à se connaître. Je pense que je repartirais seul à l'occasion mais en préparant bien mieux le trajet.
C'est vrai que la montagne est dangereuse, mais je n'y suis pas allé en touriste non plus. Je commence à connaître le milieu. Je n'ai pas pris de risques inconsidérés. En cas d'accident les conséquences sont plus grave quand on est seul : et bien soit. Je le sais et j'ai fait d'autant plus attention.

Auteur : FAb.